10.3.08

Par faiblesse

Les choses se sont enchaînées très vite depuis mon dernier post.
Le soir même, la situation a empiré, et le lendemain matin, alors que son sac était prêt et qu'il était sortit avec notre fils, un peu comme une dernière ballade, j'ai pris mes affaires et je me suis sauvée...
Pas très joli.
En fait, je savais qu'il devait aller l'hotel, et je ne voulais pas ça.
Pas être égoïste au point de le laisser partir en galère alors que moi je savais où aller.
J'ai laissé mon fils. Ca m'a déchiré le coeur.
Mais je pensais le reprendre le lendemain, les laisser profiter l'un de l'autre, un peu encore.
Je pensais surtout à sa réaction en rentrant à la maison, et sa maman partie.
Ces derniers jours ont été éprouvants pour lui aussi, même si j'ai essayé de le tenir à l'écart de tout ça.

Je suis donc partie chez mes parents, qui m'ont accueilli à bras ouverts, l'oeil humide.
Ils étaient tristes, et désemparés.
Mais pour ma plus grande surprise, ils m'ont compris, et m'ont ouvert leur coeur.
Comme quoi, des fois on se fait de fausses idées.
Cette journée là aussi fût très très longue. Interminable.
J'ai préparé ma chambre d'ado, et ce sublime poster d'Herb Ritz aurait dû me retenir.
J'ai ressorti les deux tomes de mon journal intime, et j'ai commencé à le relire.
Je pensais trouver des réponses sur mon histoire passée avec C., il y a presque 17 ans. Et pas de bol, le premier tome commençait quelques mois plus tard...
Au fil de ma lecture, qui m'a bien faire rire cela dit en passant, je me suis rendue compte que je faisais référence à un autre tome, le premier.
Je me suis donc mise en quête du précieux manuscrit.
J'ai fini par le retrouver, dans ma table de nuit, même pas caché.
Il était là, au milieu des lettres de mes amis et amoureux.
Il m'attendait.
Et C. était sur la première page de cette longue histoire que fût ma vie entre 13 et 22 ans, l'époque où j'ai arrêté d'écrire sur du papier.
En fait, j'ai toujours écris. Régulièrement.
Et tout y étais très précis.
Des tonnes de souvenirs me sont revenus en mémoire.
Un bond dans le passé.
Mes premières lignes un 5 mai 1991, au lendemain de ma "boum" d'anniversaire.
Mon premier baiser échangé avec C. Nous avions même dormi ensemble, dans le même duvet.
Les mots étaient simples, mais j'étais très heureuse d'être avec lui, et cela se ressentait.
Bien sûr, il n'était pas celui qu'il est aujourd'hui, et moi non plus d'ailleurs.
Au fil des pages, son nom s'éclipse et fait place à d'autres, par dizaines.
J'étais une grande amoureuse à croire.
Tous les jours, j'avais quelqu'un dans le coeur et dans la tête. Mais très peu de ces garçons ont eu droit à plusieurs pages.
Deux semaines, et c'était déjà une histoire sérieuse.
Morte de rire.
Ca m'a remonté le moral.

Puis je suis tombée sur un album photo, plus récent.
Des photos de moi et mon homme, au début.
Le jour de notre rencontre, des soirées, des vacances, des voyages.
On avait le sourire tous les deux, on prenait la pose.
Aujourd'hui, je ne peux plus le prendre en photo que par surprise.
Il se cache, et ne souris plus comme avant.
Je me suis demandée où était passé celui que j'avais aimé.
Où avait pû passer ce couple que nous formions ?

Dans mon journal, en 2001, mes derniers mots n'étaient pas pour lui, mais pour mon marseillais.
Mais l'avant dernier si, et je disais tout mon bonheur de le connaître et d'être maman, et toute ma déception d'être surveillée, fliquée, enfermée par amour.
Par amour ?
Ces mots écrits 7 ans auparavant m'ont fait mal.
7 années passées dans cette souffrance. Car rien n'a changé ou presque.
Et c'est aujourd'hui cette douleur que j'ai cru supportable qui m'a fait fuir de chez moi.

J'appelle C., pas de réponse.
Je tourne, je vire, je ne sais pas quoi faire de ma peau. Je ne me vois pas passer ma soirée devant une série débile, dans ma chambre rose, à déprimer.
Je veux sortir.
Faire quoi ?
Aller où ?
Avec qui ?
Tous mes amis sont en couples, et si moi je suis en vacances, eux bossent.
Quoi faire ?
Je me sens très très seule à ce moment là.
Et j'essaie d'imaginer quelle pourrait-être ma vie si la séparation devait se confirmer.
Je suis triste, mais je me sens prête à assumer.
Par contre, il faut que je vois C.
J'en ai besoin.
J'envoie un sms. Il me répond qu'il me rappelle plus tard, car là il est très occupé.
Normal, il bosse lui aussi.
18h30, il me rappelle.
On discute. Il sent que je touche le fond.
Il me rassure, et me dit que c'est ce que j'ai voulu, être seule et profiter, alors que je n'ai qu'à profiter justement.
Je ris jaune.
On peut se voir ?
Non, pas là. Ni ce week-end. Je te rappelle. C'est ça la vie de célibataire, tout le monde t'invite !
Je ne connais pas cela. Je n'y suis pas habituée.
Et on ne m'appelle que pour s'assurer que je ne suis pas au bout d'une corde.
Il me fais un bisous, et raccroche.
Je ne retiens de la conversation que ce que je veux bien, à savoir que les mauvaises choses :
- il se considère célibataire, donc on n'est pas ensemble
- il ne veut pas, ou ne peut pas, ou ne prend pas le temps de me voir

Un mot aurait suffit pour que je ne bascule pas.
Un oui.
Un rendez-vous.
Même le lendemain, même la semaine suivante.
Un mot et j'aurais tenu.
Mais j'ai craqué, et je me suis dit que je faisais une connerie, que j'allais regretter de tout foutre en l'air pour un mec qui se fout de moi. Ou plutôt non, lui est honnête, c'est de moi-même que je me fous en me laissant imaginer une possible histoire avec lui.
Je rappelle mon homme, et je lui dis que je rentre.
Je reprends mes valises, je fais le chemin du retour.
Comme un retour en prison, j'y vais à reculons.
Et quand j'arrive, il n'est plus là.
Son sac est là, mon fils aussi, mais lui est partit.
Je le rappelle. Il me dit qu'il passera me voir plus tard.
Je l'attends jusque tard dans la nuit, tout en savourant le fait d'être seule chez moi, et en espérant que finalement il ne me pardonnera pas, et qu'on arrêtera là cette histoire vouée à l'échec.
J'espère plus de courage de sa part que je n'en ai eu moi-même.
Il est rentré à l'aube et a dormi sur le canapé.
On a fini par se parler le lendemain, dans l'après-midi.
Je voyais tous les efforts qu'il faisait pour me montrer qu'il avait compris, qu'il allait changer.
Je lui ai dit tout ce que je ne supporterais plus.
Il a senti que mon coeur s'était endurci.
Il ne me reconnaît presque plus.
Oui, j'ai changé. Mes sentiments ont changé. Mon caractère s'est endurci.
Je reste, par faiblesse, et je ne le voulais pas.
Lui est heureux que je sois là, et me le montre par mille petites attention.
Alors que j'aimerais juste être seule, qu'il me fiche la paix.
Je ne suis pas honnête avec lui, car j'ai peur d'avoir fait une grosse erreur.
Je ne veux pas me servir de lui. Il ne le mérite pas.
Je vais laisser le temps faire un peu son travail, et je verrais si j'arrive à me sentir de nouveau bien avec lui, ou si c'est peine perdue.
On s'est dit que c'était la dernière chance.
Pour l'instant mes pensées sont ailleurs, et je cherche déjà à me demander comment je vais faire pour revoir C., et ce que je lui dirais alors.
Car à lui je n'ai pas envie de mentir.

Samedi, 16h, message de C.
Il me demande si je vais mieux, et me fais de gros bisous.
Lui non plus, je ne comprends pas ce qu'il cherche...