2.3.08

Irréel

Le réveil sonne et il se lève d'un bond sans éteindre cette musique hurlante.
Il met son caleçon, entre-ouvre le store, juste un peu.
Je fais mine de me réveiller.
En fait je n'ai pas dormi.
Il doit le savoir, car me demande si j'ai réussi à dormir un peu.
Non, j'ai passé le reste de la nuit à toucher son corps, à écouter ce coq qui n'a pas de notion d'heures, et à me demander comment se passerait ce moment, celui-là précisément.
Il ouvre la porte, me fait un bisous, et descend.
Je m'habille, rapidement, et je le rejoins.
Sur le canapé, son pote est là. Il a tout rangé, aéré.
Il est debout depuis longtemps.
Je l'avais croisé déjà deux heures plus tôt, quand j'étais descendu boire un verre d'eau.
Quelques minutes passent. Il n'y a rien pour déjeuner. Il va prendre sa douche.
Je la prendrais plus tard. Chez moi.
Bizarrement, je n'ai pas la tête de celle qui n'a pas dormi.
Je me trouve même plutôt jolie.
Le Khôl cerne encore mes yeux, mais n'a pas coulé.
Il faut partir maintenant. Nous sortons par le garage. Je vais à ma voiture, il m'interpelle.
"Hey, au revoir miss".
Je fais quelques pas en arrière.
Un bisous.
Il me dit quelques mots, me souhaite bon courage pour mon retour.
"On dîne toujours mardi" je demande.
"Euh, je ne sais pas. Ou jeudi. On s'appelle ?"
Je fais un sourire, et je monte dans ma voiture.
Je le suis une partie du chemin, jusque là où nos routes se séparent.
Je le regarde partir au loin. Et je fais demi-tour, j'ai des courses à faire.
Toute la nuit le vent a soufflé.
Et je me retrouve là, sur ce parking bondé.
Le vent fait s'envoler mes cheveux sales.
Mes fringues me collent à la peau.
Et le soleil brille inexorablement.
Trop pour un 1er mars.
Je reste là, debout sur ce parking, les yeux fermés, tirant fébrilement sur ma cigarette.
Mes jambes tremblent.
Je n'ai pas mangé depuis deux jours, et fumé plus que de raisons.
J'ai bu aussi hier soir.
Et je ne sais pas si je dois attribuer mon mal être à tout cela, ou à cette situation qui me semble irréelle.
Je me retrouve pourtant violement projettée dans la réalité.
Auchan un samedi midi.
Glauque.
Je fume une deuxième cigarette, comme pour me donner le courage d'affronter tout cela.
Je crois que les gens me regardent. J'ai l'impression que ma vie est écrite sur mon front.
Ce vent, ce soleil, il manque le bruit des vagues.
J'ai l'impression d'avoir 18 ans et d'être en vacances en espagne.

Retour en arrière.
Vendredi j'ai franchi un pas vers la rupture.
Je suis rentrée, la mort dans l'âme, et j'ai confié mon fils à mes parents.
Chez moi, j'ai parlé à mon ami. Je lui ai dit ce que j'avais sur le coeur. Mais pas tout, par respect.
Ce n'est plus possible. On ne peut pas continuer ainsi.
Il est d'accord avec moi, pour ma plus grande surprise.
Je lui dit qu'il faut que l'on se sépare.
Il est d'accord aussi.
Je ne lui dis pas que j'ai rencontré quelqu'un, car déjà, pour le moment, c'est un courant d'air que j'ai rencontré. Et ça ne sert à rien qu'à faire du mal inutilement.
Pendant deux heures on parle de tout ça.
Et j'annonce que je sors.
Il le prend mal, forcément. Mais j'essaie de lui faire comprendre, lorsqu'il me reproche de fuir, que je ne peux pas passer ma soirée à le regarder, là, tristes tous les deux. C'est trop dur.
Je ne lui dit pas que j'ai besoin de bruit, de monde, d'un peu de folie.
J'enfile un autre pull, mes jolies chaussures à talons, et je pars.
Il est 21h30.
J'appelle ma Coco, car on avait convenu de se retrouver et d'aller au pub de mon pote le beau gosse. Parce-que c'est bien et ça bouge.
Au téléphone, je sens déjà qu'elle va me mettre un plan, et je me dis que vraiment ce n'est pas cool.
Elle attend que son homme rentre, et si ce n'est pas trop tard, ils me rejoignent tous les deux.
Je sais déjà que quand elle me rappelera, elle me dira qu'elle ne vient pas.
Je suis déçue, et je me demande si j'aurais fait pareil pour elle.
J'ai du temps à tuer, et je tourne en voiture pendant 45 mn, sans savoir où aller, ni quoi faire.
Il commence à se faire tard pour appeler ma Zu. Et dans ces moments là, on n'a pas trop envie de faire chier les gens avec son désespoir.
Je finis par m'arrêter le long d'un rond-point.
Je n'allume pas la radio. La musique serait la pire des tortures.
Et je passe là deux heures.
A fumer, à regarder les voitures passer, et surtout à me demander quoi faire.
Je déprime sec.
Quoi faire ? rentrer chez moi, et affronter son regard, ses mots ? lui dire que je me suis trompée, qu'il est l'homme de ma vie ?
Je n'en ai pas envie.
J'ai le sentiment profond de ne plus l'aimer. Sans que ça ai de rapport avec C., car j'ai cette sensation depuis trop longtemps déjà.
Attendre, et me pointer toute seule au pub ?
Je pense que C. n'y sera pas, mais il y aura au moins le beau gosse, et même si il n'a pas beaucoup de temps pour parler, sa présence me rassurera.
J'espère quand-même pour C. Il faut l'avouer.
23h30 passées, je me gare près du pub.
Mes jambes tremblent déjà.
Je me pointe à l'entrée, il n'y a encore pas trop de monde.
Je me dirige vers le bar : pas de beau gosse.
Je vais au vestiaire, et demande à sa mère. Sa réponse tombe comme un couperet, ce soir il ne viendra pas, mais demain oui. Je lache dans un souffle que je ne reviendrais pas demain, et doit décider en un éclair si je reste quand-même là. Je n'avais pas envisagé ça.
Je tends ma veste, et me dirige vers le bar.
Je scrute les visages. Je ne connais personne.
Dur. Je me sens mal. Pas à ma place.
Je sens sur moi les regards de certains mecs qui doivent se dire que je cherche un mec.
Oui, mais je sais lequel. Et il n'est pas là.
L'heure tourne, il est une heure moins le quart.
Je récupère mon portable et envoie un message à C. Pour savoir où il est.
Il devait m'appeler cet aprèm, et n'a pas eu le temps. Il commence par s'en excuser, et me dit qu'il est chez un pote.
Je réponds que c'est dommage, car je suis au pub.
S'ensuivent quelques messages où je lui explique que j'ai quitté mon homme, et que je bois un verre. Je lui dit que j'ai envie de le voir. Et plus de réponse.
Entre tous ces messages, je discute avec un gars un peu lourd qui m'offre un verre, après que je lui ai bien expliqué que je n'étais pas une pouffe cherchant à serrer, et qu'il n'y avait pas moyen.
Il est scotché par mon agressivité et mon franc-parler.
Au moins il est courant.
Je sors avec lui et un autre gars, un pote du beau gosse, fumer une cigarette.
On discute, et j'arrive même à rire.
Je vois le gars faire un signe à quelqu'un derrière moi et serrer un main.
Je me retourne, c'est C.
Il est là, avec deux copains.
Il est venu. Je comprends pourquoi il ne répondait plus.
J'ai passé la soirée avec lui, ses potes, et à discuter avec d'autres.
Chaque fois que C. s'éloigne, ou moi, je me fais immanquablement draguer, et C. le vois.
Il me taquine.
Il est beaucoup plus proche qu'il y a 15 jours.
Le pub va fermer. Il me demande où je dors, et si je veux venir avec lui chez un de ses copains.
Je dis oui. Je plane en fait.
On mange un morceaux, et je fais même un match de foot, moi qui ai ça en horreur. Je suis nulle, mais je m'amuse.
On va se coucher, et là ça devient très chaud.
J'aime sa bouche, et sa peau. J'aime ses carresses, ses baisers, ses mots.
Je me lâche, comme je n'aurais pas imaginé.
Après un premier calin, on discute.
Je lui redemande si on va se revoir.
Il se marre, et me dit que je le lui ai déjà demandé mardi.
Il me redit que oui.
Je lui redemande aussi si il n'a personne dans sa vie.
Il me redis que non.
Je lui parle des appels qu'il a reçu plusieurs fois cette nuit, et d'un sms, genre "14000 km nous séparent", et ses potes qui rigolent et lui disent "argentina... rappelle-là". Il avait rit, mais pas rappeler.
Il me dit que ce sont ses potes, qu'ils s'appellent tous à pas d'heure, c'est comme ça.
Il voit que je ne le crois pas, et me demande si je boude.
Non, bien-sûr, je ne boude pas. Mais j'enchaîne, et lui demande si il y a une petite place dans sa vie, ou pas.
Ouh là, répond-il. Tu sais que ma vie est speed, que je n'ai pas d'horaires. J'ai donné deux fois, et je ne veux plus me prendre la tête. On verra bien.
Je lui dit de ne pas flipper, que moi non plus je ne veux pas me prendre la tête, mais que j'ai envie de savoir quand-même.
Il me dit qu'il comprend, c'est normal.
Je me dis que j'ai été trop loin, et que ça va tout faire foirer.
Il me prend dans ses bras et s'endort.
Puis se réveille, une demie heure ou une heure plus tard. Je n'ai plus de notion du temps.
Et on repars dans un câlin torride.
Ca le fait rire, il me demande si j'aurais imaginé il y a 17 ans (quand on étaient sortis ensemble) qu'on se retrouverait là un jour ?
Non, bien sûr, je réponds. J'étais follement amoureuse de toi, mais je n'aurais jamais pensé ça.
On discute encore, et il se rendors.

Le réveil sonne, et vous connaissez la suite.

J'ai maintenant deux problèmes à gérer.
Une séparation qui s'annonce difficile, car mon homme entre temps à eu le temps de se remettre en question et de faire le point sur ses erreurs. Je lui rappelle qu'il n'est pas tout seul, et qu'on ne va pas compter les points, mais qu'il y a à priori un ex-aequo.
Il a les larmes aux yeux, et la scène est insoutenable.
Par chance je suis très fatiguée, et je m'endors très tôt.
Mais ça va être dur, j'ai repoussé ses avances de réconciliation.
Je suis en train de détruire sa vie.
J'ai été voir Zu l'après-midi, car j'avais besoin d'une vraie oreille, et je sais que je pourrais toujours compter sur elle.
Je lui ai dit sincèrement ce que j'avais sur le coeur, et elle m'a dit qu'elle n'avait de conseil à me donner, car j'ai déjà tout dit.
J'ai presque toujours fait passer son bonheur avant le mien, et là je trouve peu à peu le courage de me faire passer avant.
Même si c'est dur, et même si je vais peut-être dans le mur en essayant d'avoir une relation avec un mec qui me fera passer après tout dans sa vie.
Qu'importe, j'ai envie de croire que c'est possible, que je pourrais être à ses yeux différentes comme il l'est aux miens. Il faut juste le temps qu'il en prenne conscience...
Quand il prenait sa douche, son copain à qui j'ai essayé de paler un peu m'a dit que dans la vie de C., il y avait sa passion, le foot, ses potes, son taf, et éventuellement, après tout ça, une petite place.
Mais il m'a aussi dit que ses potes se casent, ont des enfants, et qu'il va avoir 30 ans et peut-être se rendre compte de tout ça et vouloir lui aussi se stabiliser.
C. me l'a dit aussi l'autre soir.
Je sais que si il y a une chance que ça marche, ça va être long et dur.
Mais j'ai envie de tenter le coup.
On n'a qu'une vie m'a t'il dit.
Je le savais, mais là, j'en ai encore plus conscience.

Je joue un coup de poker et je dois avouer que je ne suis pas très joueuse.

2 Comments:

At 12:56 PM, Anonymous Anonyme said...

O_o

 
At 8:17 AM, Blogger lilou said...

T'as réussi à tout lire ! lol

 

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