A choisir...
J'ai envie de mourir.De m'enfoncer dans la terre, et de ne plus en ressortir.
J'ai les yeux gonflés par les larmes, et la tête de celle qui n'a pas dormi.
J'ai tellement maigri ces derniers jours que je sens des os dont j'ignorais même l'existence.
Il fait sombre, et je n'ai pas envie d'ouvrir le store.
De toute façon il fait gris, il pleut, le temps est en accord avec moi.
Je dois prendre une décision car mon homme, bien évidemment, me met la pression.
C'est justifié, il m'aime encore, et ne peut pas rester dans cette situation.
Je le comprends. Mille fois.
Il y a des choses que je n'ai pas le droit de demander, comme de continuer à dormir ensemble en évitant soigneusement de se toucher, parce-que dans la maison il n'y a pas d'autre lit.
Il me pose un ultimatum.
Il veut que j'aille chez mes parents, quelques jours et que je décide si on reste ensemble ou si on se sépare.
Si on se sépare, bien-sûr on vend la maison, car nous aurons besoin d'argent tous les deux.
L'idée de quitter cette maison me déchire.
L'idée de rester aussi.
Comment choisir. Là, comme ça.
J'ai besoin de temps, et lui ne m'en donnera pas beaucoup car il souffre.
Cette nuit, j'ai craqué, comme une grosse dépression.
Je suis partie en sanglots et j'ai lâché tout ce que j'avais sur le coeur.
Et je lui ai dit que depuis des années je souffre de cette pression qu'il me met, de sa jalousie, du fait qu'il soit si possessif et caractériel.
Une pression psychologique jour après jour.
J'ai tout fait pour le rendre heureux, en m'effaçant, en acceptant tout cela.
Et je me suis perdue en route, et aujourd'hui j'ai atteint le seuil de ma possible souffrance.
J'ai besoin de me retrouver, de savoir qui je suis à nouveau, de prendre du temps pour moi, et moi seule.
Il sait tout ça, il s'en est rendu compte, il en tellement désolé.
Je lui fais comprendre qu'il n'est pas le seul fautif, car durant ces années, j'ai tout fait pour le garder, car je l'aimais à la folie.
Je me suis mise entre parenthèse. J'ai éteins mes désirs, mes envies.
Je vais avoir 30 ans, et tout cela n'est plus supportable.
Mais la faute est partagée, car j'ai laissé faire, en toute conscience.
Pour toutes ces raisons, je ne peux pas aller chez ma mère.
Je suis fragile psychologiquement.
J'ai perdu tous mes repères, et je me sens comme détruite.
Ma maison est mon cocon.
Mon repère. Mon équilibre.
Alors que ma mère est pire encore que mon homme.
Toute mon adolescence elle m'a brisé moralement, mentalement, psychologiquement.
Elle a toujours eu sur moi une emprise énorme, et aujourd'hui encore prend plaisir à me voir souffrir.
Elle est quand-même une mère, ce ne serait peut-être pas si terrible.
Mais dans la situation de fragilité dans laquelle je suis, je ne pourrais pas tolérer sa présence, son omniprésence, cette pression castratrice qu'elle m'imposera.
Je ne suis pas assez forte pour supporter cela.
On dit toujours qu'une femme cherche dans un homme le reflet de son père.
Je me suis rendu compte cette nuit que moi j'ai cherché ma mère...


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