10.5.07

Se connaître soi-même

"Un chemin de croix" ai-je répondu.
Monsieur Philosophe, et moi je morfle.
Assis dans ma voiture, sur un chemin de campagne, dans les volutes de nos cigarettes, j'ai le coeur si serré que je pense étouffer.
Et puis non, je garde un brin de dignité.
Et pas une larme ne roule sur ma joue.
Mes mains tremblent encore, et je le regarde dans les yeux.
Pour la dernière fois peut-être.
Cigarette sur cigarette, il m'explique.
Autant de coups de poignards que j'encaisse, la gorge nouée, tout en tentant un vague sourire.
En fait, je pense qu'hier je l'avais senti venir.
Trop naïve, ou trop désespérée, j'ai voulu croire à l'impensable.
Il m'a dit que par respect il fallait que l'on parle.
Et mon sang n'a fait qu'un tour.
Ses mots résonnent encore dans ma tête endolorie.
Il a rencontré quelqu'un, avant moi.
Il a fait une bêtise, avec moi.
Il ne supporte pas l'idée de briser mon couple.
De sacrifier un enfant.
L'autre fille est célibataire, et tout est plus simple.
Il insiste sur le fait que si j'avais été seule, on aurait été ensemble.
Il est très attiré, mais il ne veut pas de cette situation.
Il ne sait pas ce que je cherche.
J'ai moi-même du mal à répondre.
"C'est en se connaissant soi-même que l'on connaît les autres".
J'hésite entre lui en mettre une et l'embrasser.
Il a mouvement de recul, et je ravale ma fierté et ma bouche.

Je suis retournée. Comme ivre de trop de sentiments qui m'assaillent.
Je veux être avec lui, et c'est en même temps tellement de sacrifices.
Je erre. Et je le croise, quelques heures plus tard.
Large sourire, il me regarde, se retourne, jusqu'à ce que j'ai disparu de son champs de vision.
Je me dis que tout n'est pas perdu.
Il faut que je prenne une décision.
C'est la mort dans l'âme que je rentre.
Et je suis de nouveau oppressée.
Opressée au point de vouloir m'enfuir en courant de chez moi.
Il faut que je sorte.
Il faut que je lui parle.
Je vais devenir folle.
Je fume avec mon homme, qui comme moi ne va pas bien.
Je fume jusqu'à trouver le courage de lui dire les mots : "je vais partir".
Il ne désapprouve pas, il sait que nous avons atteint le fond.
Il ne sait juste pas pourquoi.
Il ne sait pas que si c'est aussi grave c'est de ma faute.
Je sais que je fais une connerie, mais je ne peux pas me résonner.
Je dois partir.

Je fais mon sac, rapidement.
Celui de mon fils, qui pleure et ne comprends rien.
J'ai le coeur serré de lui faire tant de mal.
Sur la route je m'arrête. Je sors de la voiture. J'appelle Thierry.
Je suis énervée, un peu, je lui dit :
"dis-moi que je fais une connerie"
"qu'est-ce que tu as fait ?"
"je suis partie"
"merde, je pensais pas que tu le ferais"
"..."
"pas pour moi quand-même"
"..."
la conversation dure un peu, il me demande si ça va, si je vais tenir le coup, si mon fils va bien.
Il est à deux rues de là, mais ne me propose pas de venir.
Il conclu : "je t'appelle dans la semaine, ou tu m'appelles", puis "non, je t'appelle, parce-que..."
"parce-que quoi Thierry ?"
"parce-que si je suis avec mon amie, j'ai pas envie que ça fasse des histoires"
"alors c'est officiel ?"
"non, pas officiel. J'ai pas l'intention de me mettre en ménage avec qui que ce soit".
Evidemment, je pense. Mais je ne dis rien.
Je viens de prendre le coup de grâce.
Je raccroche.
Je suis seule avec ma lourde décision.
Seule avec ma peine. Seule avec mon coeur trop lourd.
Mon fils pleure encore. La tête sur le volant je me demande comment j'ai pû faire ça.
Et je rentre.
Et mon homme est content.
Pour la première fois depuis des mois on parle. De ce qui va, et surtout de ce qui ne va plus.
C'est dur, et ça fait du bien.
Je pleure, mais je sais au fond de moi que mon retour n'en est pas la cause.
C'est dur. Je ne ferme pas l'oeil de la nuit.
Les mots tournent dans ma tête. Tous ces moments passés avec Thierry.
Je cherche le moment où ça a vrillé.
Entre samedi midi et lundi. J'en suis sûre. Je n'étais pas là, et une autre m'a damé le pion.
Je devrais me dire tant mieux. J'ai failli tout foutre en l'air pour un mec qui en a préféré une autre.
Mais je n'y arrive pas, et je pense juste à ce que j'ai perdu.
Et il me manque terriblement.
Et si j'avais été seule, la question ne ce serait pas posé m'a t'il dit. Car il était bien avec moi. Et ça me fait encore plus mal de le savoir.

Ce matin je suis passée devant l'endroit où il m'a embrassé la première fois.
J'ai fondu en larmes.
De gros sanglots étouffés par le bruit des voitures sur les boulevards parisiens.
De gros sanglots coincés dans ma gorge depuis hier.

Je suis si mal, et je ne vois pas d'issue.
J'entraîne tout le monde dans ma folie, car je fais du mal à mon homme et à mon fils.
Et même si je le regrette, je n'arrive à penser qu'à cet eteau qui me serre la poitrine.
Je fume clopes sur clopes et je ne mange plus rien.
J'ai mal à la tête et un voile devant les yeux.
Je vais mal, et j'ai envie de crier.
Pourtant, comme d'habitude, je vais me faire une raison et passer à autre chose.
Bien que là je sens que c'est plus grave.
Je suis touchée au coeur.
Et je ne sais toujours qui je suis...

1 Comments:

At 7:23 PM, Anonymous Anonyme said...

Je suis dégoûtée en lisant ça. et triste avec toi. C'est bizarre car j'ai cette boule au coeur... je suis vraiment déçue, et tou se passe mal pour toi. C'est horrible. J'espère que Thierry n'est pas encore un de ces tombeurs, qui font semblant ... Oh ma Lilou comme je suis triste pour toi, je me fais beaucoup de souci, tiens moi au courant.
Coco

 

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