31.1.05

Virgin sucides

Quelle connerie !
Je ne me remets pas de ce double sucide (présumé, puisqu'il manque toujours un corps) de ces deux jeunes filles de la région de Calais, Noémie et Clémence.
La surmédiatisation de cet acte m'a plongé au coeur de l'histoire personnelle de ces jeunes filles, et plus particulièrement de Clémence, dont les journaux relatent la vie en long, en large et en travers.
J'ai navigué à travers les blogs de ses amis, des gens qui la connaissaient, dont il suffit de lire les messages s'enchaînant tout au long des nuits passées, avec une seule question, pourquoi ? pour s'attacher à cette jeune fille si jolie, qui semblait tout avoir pour être heureuse.
Je suis atterée que la presse s'empare de cette histoire et fasse souffrir ainsi tout leur entourage. Les parents, accusés à demi-mots de n'avoir pas su voir le malaise de leurs enfants, dans la retranscription des écrits de Clémence sur le sucide, qui disait à peu de chose près : " on dit que le sucide est égoïste, parce-que l'on laisse derrière soi des gens qui vous aime, mais si ils avaient su voir mon mal-être, ils ne seraient pas tristes, et moi pas morte !".
En tant que mère, je ne pourrais supporter ces paroles. Je penserais que la mort de mon enfant est de ma faute. Et en tant qu'amie, j'aurais beaucoup de mal aussi à supporter de telles accusations.
Je n'aimerais d'ailleurs pas que des gens viennent s'immiscer dans mon intimité, comme je l'ai fait en allant voir ces blogs. Ce que j'ai fait n'est pas bien. J'ai voulu essayer de comprendre, de toucher du bout des doigts la détresse de cette colombe qui n'a pas pû s'envoler. Elle m'a ramené quelques années auparavant, une dizaine, quand j'avais le même âge, et à peu près les même idées sombres. A cet âge où la mort paraissait plus belle, car plus facile. A cet âge où le soir dans ma chambre je prenais un cutter pour faire couler le sang sur mon poignet. Jamais le gauche. Je ne voulais pas vraiment mourir. Mais j'y pensais souvent. Je crois qu'il y a un âge de "transition" où la mort est séduisante, et semble être LA solution, même quand le problème n'en est pas vraiment un.
Je suis donc également choquée que la presse, par tout cette médiatisation, banalise le sucide chez les jeunes. J'ai peur que d'autres passent à l'acte en voyant qu'elles ont réussi. Que finalement, ce n'est pas si dur, puisque l'on peut lire partout qu'en partant à l'école, ce mardi midi 25 janvier, elle a souri à sa mère, elle a ri avec son frère. Pourtant elle savait. Etait-ce réellement plus courageux de partir ? Non, certainement pas. Le plus courageux est de rester, et de se battre, parce-que le vie en vaut vraiment la peine. Et je vous assure que l'on survit à ces chagrins d'amour , même à cet âge où l'on pense que si X nous a quitté, notre vie est finie, qu'elle ne vaut plus rien, plus la peine d'être vécue... l'histoire suivante sera plus forte, et chassera la première. Croyez-moi, je suis championne de chagrin d'amour adolescent. Et je peux dire aujourd'hui qu'aucun d'entre eux ne valait la peine que je m'éteigne. Aucun. Et j'ai appris à me blinder. J'ai appris à savoir ce qui me convenait vraiment, ce dont j'avais envie, ce que je valais. Mais pour ça il faut tomber, et surtout se relever.

Arrêtez de déconner comme ça, une vie vaut de l'or, et rien ne vaut de l'écourter.