18.11.05

My Homeless Friend


Aujourd'hui j'ai envie de parler de Daniel.
Parce-qu'il aurait pû être mon ami.
Non pas que je ne veux pas qu'il le soit. Mais il ne peut l'être, car il vit ailleurs, dans un autre monde. Enfermé dans sa tête.
Tous les jours, ou presque, il passe devant mon bureau.
Parfois il me fait timidement signe de venir le voir.
Parfois il s'énerve carrément. Il devient agressif. Mais dès que je lui fait remarquer, il s'en va. Vexé. Triste. Et je ne le revois plus de la journée.
Souvent il me demande un café. Et de m'asseoir près de lui pour discuter un peu.
Et quand je m'assieds il évite mon regard, et me pose timidement quelques questions. Il m'a demandé ce que je faisais comme travail.
Je lui ai expliqué. Je lui ai dit mon âge. Il me l'avait déjà demandé.
Lui ne veut pas me dire le sien. Et je ne parviens pas à lui en donner un.
Il ne veut pas me dire ce qu'il faisait avant.
Il s'est excusé. Il ne veut pas en parler.
En ce moment il est en colère. Parce-qu'il fait froid dehors et que depuis 3 semaines il attend un logement.
Alors tous les jours il va au Centre.
Et chaque lendemain il revient.
Hier il est arrivé chemise ouverte sur son torse frêle. Il faisait pourtant si froid.
Je lui ai dit de fermer sa chemise. Et je suis retourné travailler.
J'ai réfléchi un instant, et je suis ressortie lui fermer sa chemise et son manteau.
D'une main gelée et tremblante, il n'aurait jamais pû la fermer seul.
Il m'a regardé comme un enfant, tendrement. Me remerciant.
Quand je fume parfois, il vient me taxer une clope.
Quand c'est lui qui en a, il vient toujours m'en offrir une. Je n'accepte pas. Je ne peux pas. Mais je reste avec lui, sur un bout de trottoir. Des fois sans rien dire. Juste pour qu'il comprenne qu'il n'est pas tout seul.
Les gens passent, et nous regardent bizarrement. Surtout moi en fait. Ils se demandent comment je peux bien rester là, à parler avec lui, ou à lui fermer sa chemise dégoutante. Les gens sont snobs. Les gens sont égoïstes.
Je vois tout ça dans leurs yeux.
Je les méprise.
Comme ils me méprisent certainement.
La misère leur fait-elle peur à ce point ?
Elle n'est pourtant pas contagieuse !

Daniel est un mystère pour moi.
Il vit dehors, mais je pense qu'il y a un endroit où il dort et où ses affaires sont parfois lavées.
Il écrit beaucoup sur un grand cahier rouge que mon boss lui a donné.
Il a une belle écriture.
Il ne boit pas. Jamais.
Il fume beaucoup et se parfume à outrance quand il en a l'occasion.
Parfois il me regarde tristement et s'excuse de ne pas être présentable.
Souvent, il parle la tête baissée entre ses jambes, le mégot aux lèvres, et je ne comprends pas ce qu'il dit.
Je lui fait répéter. Plusieurs fois.
Et des fois non, parce-que je sens qu'il ne le fera pas, que ce n'était pas important.
Il parle beaucoup tout seul.
Il écrit des noms, des dates, comme pour ne pas oublier.
Je pense qu'il est dans la rue depuis très longtemps.
Trop longtemps.

La nuit dernière j'ai rêvé qu'un jour il ne venait plus.
Je l'ai cherché de foyers en centres.
Et j'ai appris que le froid avait eu raison de sa frêle silhouette.

Ce matin, j'étais contente qu'il soit encore là, même si il serait beaucoup mieux ailleurs.

15.11.05

Quelques notes de musique


Le trajet ce matin a été particulièrement long.
Deux fois plus que d'habitude en fait.
Le brouillard sur la route, un rail cassé pour le train...
La totale !
Et si c'était exceptionnel...
J'ai donc eu beaucoup de temps pour réfléchir, et me rendormir un peu aussi.

Et quelque chose m'est apparu soudain extrèmement évident :
depuis près de 15 jours je n'écoute plus de musique.
Depuis près de 15 jours je ne déprime plus, je ne me remets plus en question.

La musique me rend mélancolique.
Ca je le savais depuis longtemps.
Elle est comme une drogue, qui accompagne chaque instant de ma vie.
D'ailleurs, le "clip" de ma vie pourrait n'être qu'une bande son.
A chaque évènement, à chaque état, à chaque personne dans ma vie est associé au moins une musique.
Je ne peux par exemple pas entendre Belzunce Breakdown sans penser à mes escapdes marseillaises, et à l'amour impossible que j'y ai laissé.
Mais cet exemple est trop flagrant.
Comme La Corrida me fait penser à mon amour espagnol.
Trop flagrant aussi.
Mais pas fait exprès. Chacune de ces chansons est sortie à l'époque même de la-dite histoire.
Est-ce que je suis dans Truman Show et que la prod me concocte des sons sur mesure ?
Peut-être.
Mais je m'en fou.
J'y vois plutôt des signes.
Enfin, j'intèrprète cela comme des signes.
Et si ça n'en est pas, je ne veux pas le savoir.
Les béruriers noirs me font penser à mes ex-années punk.
Noir Désir aussi.
La différence c'est qu'aujourd'hui je ne pourrais plus écouter les bérus, alors que Nwar Dez est un régal à mes oreilles.
"les enfants naissent à l'aube,
et se sucident en juin
Paniqués par l'échec scolaire,
certains se pendent..."

Le problème, au fond, c'est que j'aime la musique.
Toutes les musiques.
Ou presque.
Le rock français, le rap, le r&b, la soul, la funk, un peu de variété aussi...
Je ne peux pas vivre sans.
Mais visiblement, je vis vraiment mal avec.

Dilemne !

8.11.05

Happy happy

Aujourd'hui je suis heureuse.
Parfaitement.
C'est comme ça depuis plusieurs jours.
Suffisament pour que je m'aperçoive du changement. Pour que je prenne conscience de mon bonheur.
Mon coeur fait une trève, et se dévoue entièrement à celui seul qui le mérite.
Il lui en est reconnaissant.
Moi aussi.
Je vivais de plus en plus mal cette situation.
L'avenir m'effrayais.
Je ne me sentais vraiment pas bien.
Coupable d'oublier de vivre.
Coupable de faire souffrir celui pour qui je ferais pourtant tout.
L'amour n'est pas un dû.
L'amour s'entretient au jour le jour.
Il faut l'arroser, lui couper les feuilles, le mettre au soleil.
Et moi je l'ai isolé trop longtemps dans le noir.
J'ai bien failli le faire étouffer. Je crois que c'est ce que je cherchais inconsciemment.
Puis un matin tout avait de nouveau la saveur de l'amour.
Exclusif.
Tendre.
Beau.
J'ai retrouvé mes sentiments trop longtemps enfoui.
J'ai réussi à affronter l'avenir. Le mien. Le nôtre.
Et pour la première fois depuis longtemps nous en avons parlé sérieusement.

Aujourd'hui je suis heureuse.
Et je me rends compte à quel point j'ai de la chance qu'il m'ai fait confiance et m'ai attendu.