Défacebookisation
Enfin j'essaie !Surtout depuis que je suis tombé sur le groupe "si j'étais moins sur facebook, je serais plus ailleurs", et que j'ai réalisé que j'avais effectivement autre chose à foutre qu'à glander sur facebook, pulvériser mes amis aux tests sur nos dessins animés d'enfance, et leur lancer des moutons ou les gifler avec une truite quand je n'ai pas plus d'imagination !
En plus, je suis mise au tapis depuis une semaine par la grippe, et j'en arrive à me demander comment c'était quand j'allais bien, tellement j'ai l'impression que c'était il y a longtemps !
Mais heureusement, pour ma super soirée de "retrouvailles", j'avais la pêche.
Et c'est avec une petite heure et demie de retard que je suis arrivée.
Forcément, mon Premier avait arrêté de m'attendre dehors, car la goutte qu'il avait au bout du nez avait commencé à geler. Je lui ai dit : "ok, attends moi à l'intérieur, je suis là dans un petit quart d'heure". Ca, c'était quand j'avais encore seulement 10 mn de retard...
Un peu plus et je le retrouvais déjà émêché ! quoi que...
Une amie m'attendais au bar avec son copain. Tout beau, tout neuf.
Charmant au passage.
Et personne d'autre en vue.
On s'est demandé si on n'avait pas fait une erreur dans la date, le lieu ?
Après renseignement, il y avait en fait d'autres salles. Et c'est dans une de celles-ci que nous avons trouvé tout un groupe "d'anciens".
La musique de fond ne parviens pas à masquer le silence provoqué par notre entrée.
Tout le monde nous scrute.
Je reconnais un ou deux visages.
J'ai l'impression de passer un oral.
L'horreur.
Mais je garde un sourire greffé sur les lèvres, et je tente une petite blague pour détendre tout le monde.
Je m'approche de mon Premier, en grande discussion avec un boudin qui semble me connaître et me reconnaître.
Je m'y reprends à 3 fois pour trouver le prénom de cette autre fille, avec qui j'ai passé plusieurs années. En vain. Je ne retrouve que son nom de famille, ce qui, au final, n'est pas si mal, car pour la moitié des autres, je n'ai pas même réussi à me souvenir d'un visage.
Mon Premier est toujours aussi beau.
Il a toujours ce sourire à tomber par terre, et cette même grimace quand il dit une connerie.
Je trouve à ce moment là qu'il est le seul à ne pas avoir changé.
Pourtant, pleins de gens ne le reconnaissent pas non plus.
Je ne comprends pas.
Il papillonne, discute avec tout le monde, et reviens souvent vers moi.
J'essaie aussi de profiter un maximum de cette rencontre pour discuter.
Mais je sens dès le début que ça va être trop court, que je n'aurais pas assez de temps.
Et parfois, je snobe une discussion enflammée pour être avec lui.
Il me fait rire comme avant.
J'ai 14 ou 15 ans.
Puis je regarde autour de moi, je vois toutes ces têtes veillies.
Et je me rend compte que le temps à passé, et qu'il n'a pas été très cool avec tout le monde.
Peut-être pense-t'on cela de moi aussi ?
Je sens des rides se creuser sur mon visage.
J'ai pris une grosse claque en fait.
Et la soirée passe, douce, rapide. Mojitée.
Et se termine parce-que le pub ferme.
Un des meneurs-déconneurs-fêtards de l'époque, qui mis à part quelques poils sur les joues n'a pas changé, invite les plus résistants (une dizaine environ, dont moi et mon Premier), à finir la soirée à fumer des bédos chez lui.
Je le reconnais bien là.
Sur le trottoir, certains disent au-revoir et tournent les talons après une dernière photo de groupe.
Moi je ne sais plus trop quoi faire.
Mon Premier a remonté sur sa tête la capuche de son sweat.
Notre "hôte" lance des vannes.
On est tous là, à galérer, comme avant.
Et dans le noir, les visages me semblent plus familiers. Moins marqués.
Je respire l'air frais de la nuit, j'essaie d'oublier que j'ai mal aux pieds, et je me dis que, putain, ça fait vraiment du bien cette soirée.
Mon Premier me demande de les accompagner, mais n'insiste pas.
Il est déjà bien attaqué. Depuis longtemps il ne boit plus beaucoup. 3/4 verres l'ont saoulé.
Je l'imagine déjà chez l'autre, pas bien. Comme avant aussi.
Je dis au revoir, et je les regarde partir, le coeur un peu serré.
C'est comme dire une fois de plus adieu à son passé.
Mais en pire.
Parce-qu'à la fin du collège on n'a pas conscience réellement de ce que l'on abandonne.
De qui on continuera à voir, et qui non.
On ne se rend pas vraiment compte, on commence autre chose, et c'est tout.
Là j'ai regardé ma vie d'avant s'enfoncer dans le noir, jusqu'à ce que je ne la vois plus.
J'avais envie d'aller avec eux, mais je ne m'y sentais pas à ma place.
C'est étrange.
Puis je suis rentrée chez moi, le coeur léger. Avec suffisament de route pour avoir le temps de faire le point, et de me dire qu'il n'y avait rien à regretter.
Car en effet, il n'y a rien à regretter, juste de belles choses à se souvenir, et des moments de bonheur à attraper.

